Le Supramental et la Vie Divine

Sri Aurobindo

« La Manifestation Supramentale sur la Terre »
(1949-1950)

Chapitre 3

L’idéal que nous nous sommes proposé, la vie divine sur la terre, ne peut se réaliser que par un changement spirituel de notre être, un changement radical et fondamental, une évolution ou une révolution de notre nature.

Il faut que l’être incarné sur la terre s’élève au-dessus des voiles du mental, de la vie et du corps et sorte de leur domination pour entrer en la conscience et en la possession complètes de sa réalité spirituelle; de même, il faut que sa nature se soulève et sorte de la conscience et du pouvoir de conscience propres à un être mental, vital et physique pour entrer en la conscience plus grande, en le pouvoir d’être plus grand et en la vie plus large et plus libre de l’esprit.

Non pas qu’il doive perdre ses anciens voiles, mais ce ne seront plus des voiles ni des expressions imparfaites : ce seront des manifestations vraies – ils se changeront en états de lumière, en pouvoirs de la vie spirituelle, en véhicules d’une existence spirituelle.

Mais encore une fois, tout cela ne peut se réaliser tant que le mental, la vie et le corps ne seront pas empoignés et transformés par une force d’être et un état d’être plus hauts, un pouvoir supramental aussi supérieur à notre nature mentale incomplète que ne l’est celle-ci à la nature animale et à la matière animée, et aussi immensément supérieur que la nature mentale ne l’est à la nature purement matérielle.

Par essence, le Supramental est une conscience-de-vérité, une conscience à jamais libre de l’Ignorance qui forme la base de notre existence naturelle ou évolutive présente à partir de laquelle la nature en nous s’efforce de parvenir à la connaissance de soi et à la connaissance du monde, à la conscience vraie et à l’utilisation vraie de notre existence en cet univers.

Parce que le Supramental est une conscience-de-vérité, cette connaissance est innée en lui et ce pouvoir d’existence vraie est spontané, sa marche est droite, il peut aller directement à son but, son champ est large et peut même devenir illimité. Car sa nature même est la connaissance; il n’a pas besoin d’acquérir la connaissance : il la possède de plein droit; ses pas ne vont pas de la nescience et de l’ignorance à quelque lumière imparfaite, mais de la vérité à une vérité plus grande, de la perception exacte à une perception plus profonde, d’intuition en intuition, de l’illumination à une clarté totale et sans limite, d’une largeur grandissante à l’immensité absolue et à l’infinitude même.

À son sommet, il possède l’omniscience et l’omnipotence divines, mais même dans le mouvement évolutif de sa manifestation graduée qui finalement révélera ses hauteurs suprêmes, il est nécessairement, naturellement et essentiellement exempt de l’ignorance et de l’erreur – son point de départ est la vérité et la lumière; toujours il se meut dans la vérité et dans la lumière.

Et de même que sa connaissance est toujours vraie, sa volonté est également toujours vraie – il ne tâtonne pas quand il manie les choses, il ne trébuche pas dans sa marche.

Dans le Supramental, les sentiments et les émotions ne se départent point de leur vérité, ne font pas de faux pas ni d’erreur, ne dévient pas du juste et du réel, ne peuvent pas mal user de la beauté et de la félicité ni embrouiller la rectitude divine.

Dans le Supramental, les sens ne peuvent pas s’égarer, pas tomber dans les grossièretés qui font ici leur imperfection naturelle et sont la cause de toutes les réprobations, les méfiances et les abus de notre ignorance.

Même quand le Supramental énonce incomplètement les choses, c’est encore une vérité qui conduit à une prochaine vérité, même son action incomplète est un stade de l’accomplissement.

Dans toute sa vie, dans tous ses actes, ses décisions, le Supramental est naturellement protégé du mensonge et des incertitudes qui font notre lot – il marche en toute sûreté à sa perfection. Quand la conscience-de-vérité aura, ici-bas, établi ses fondations solides, l’évolution de la vie divine sera comme un progrès dans la félicité, une marche qui va de la lumière à l’Ânanda.

Le Supramental est une réalité éternelle de l’Être divin et de la Nature divine. Sur son propre plan, il existe déjà et a toujours existé, depuis toujours il possède sa propre loi d’être essentielle – il n’a point besoin d’être créé ni d’émerger ni de développer évolutivement son existence à partir d’une « involution » dans la matière

[Note : Selon Sri Aurobindo, l’évolution est le fruit d’une « involution », comme l’arbre et toutes ses branches sont « involuées », contenues, dans la semence. Si l’Esprit n’était pas déjà contenu dans la Matière, jamais il ne pourrait sortir de la Matière, car rien ne peut sortir de rien. Ainsi la vie est involuée dans la matière, le mental est involué dans la vie, et le supramental dans le mental et au coeur même de la Matière.]

ou d’une non-existence, comme il pourrait sembler à la vision du mental qui, pour ses propres yeux, semble avoir lui-même émergé de la vie et de la matière ou avoir évolué à partir d’une involution dans la vie et dans la matière.

La nature du Supramental est toujours semblable : c’est un être de connaissance qui va de vérité en vérité, qui crée, ou plutôt manifeste ce qui doit être manifesté, par le pouvoir d’une connaissance préexistante – non pas par hasard mais par une libre destinée en son être même, suivant une nécessité inhérente et donc inévitable.

Sa manifestation de la vie divine, de même, sera inévitable – sa vie est divine sur son propre plan, et si le Supramental descend sur la terre, il apportera nécessairement la vie divine avec lui et instaurera son règne ici-bas.

Le Supramental est le degré d’existence qui vient après le mental, la vie et la matière; par conséquent, de même que le mental, la vie et la matière se sont manifestés sur la terre, de même, suivant le cours inévitable des choses, le Supramental devra se manifester en ce monde de la matière.

En fait, un supramental existe déjà ici, mais “involué”, caché derrière ce mental, derrière cette vie et cette matière visibles, et il n’oeuvre pas encore ouvertement ni selon son propre pouvoir – quand, il agit, c’est à travers les pouvoirs inférieurs qui l’altèrent en y ajoutant leurs propres caractéristiques; il n’est donc pas encore reconnaissable.

C’est seulement quand le Supramental descendant s’approchera et arrivera ici que le supramental involué pourra émerger librement sur la terre et révéler sa présence dans les opérations de nos instruments matériels, vitaux et mentaux en sorte que ces pouvoirs inférieurs pourront faire partie d’une activité totalement divinisée de notre être tout entier – c’est cette émergence qui nous apportera une divinité complètement établie ou vie divine.

En fait, c’est ainsi que la vie et le mental involués dans la Matière se sont instaurés ici, car, seul ce qui est involué peut évoluer, sinon il ne pourrait pas y avoir d’émergence.

La manifestation d’une conscience-de-vérité supramentale sera donc la réalité capitale qui permettra la vie divine. C’est seulement quand tous les mouvements de la pensée, toutes les impulsions, tous les actes seront gouvernés et dirigés par une conscience-de-vérité indépendante et lumineusement automatique, quand notre nature tout entière sera constituée par elle, faite de sa substance, que la vie divine sera complète et absolue.

Même en l’état actuel des choses et en fait, mais non dans les apparences, une connaissance, une vérité secrète, indépendante, travaille à se manifester dans la création ici-bas.

Le Divin est déjà ici, immanent en nous, nous sommes Cela en notre réalité profonde, et c’est cette réalité que nous devons manifester – c’est elle qui nous pousse à une existence divine et rend nécessaire la création de la vie divine au sein même de cette existence matérielle.

Par conséquent, la manifestation du Supramental et de sa conscience-de-vérité est inévitable; tôt ou tard elle se produira en ce monde.

Mais elle présente deux aspects : une descente d’en haut, une ascension d’en bas – une révélation de l’Esprit, une évolution de la Nature.

L’ascension représente nécessairement un effort, un travail de la Nature, un élan de sa part ou un labeur pour soulever ses éléments inférieurs par un changement évolutif, ou révolutionnaire, une conversion ou une transformation en la réalité divine, et ce changement peut se produire par un processus progressif ou par un miracle rapide.

La descente ou la révélation de l’Esprit est un acte d’en haut, de la Réalité suprême, qui rend possible la réalisation, et elle peut apparaître, soit comme une aide divine qui amène la fructification du processus progressif, soit comme un consentement au miracle.

L’évolution telle que nous la voyons en ce monde est un lent et difficile processus qui, certes, nécessite normalement des âges pour parvenir à des résultats durables; mais ceci tient à la nature même de l’évolution qui a émergé hors de débuts inconscients – elle part de la nescience, elle oeuvre dans l’ignorance des êtres naturels et sous l’effet de ce qui semble être une force inconsciente.

Mais par contre, il peut se produire une évolution dans la lumière au lieu de l’obscurité, une évolution dont l’être qui évolue est un participant conscient, un collaborateur conscient – c’est exactement ce qui doit arriver ici.

Déjà, au stade de l’effort et du progrès de l’Ignorance vers la Connaissance, cette collaboration consciente doit être partiellement, sinon entièrement, la tâche à fournir sur les hauteurs de notre nature, et elle doit être totale au stade final qui conduit au changement spirituel, à la réalisation, à la transformation.

Mais encore plus quand il s’agit de franchir la ligne de transition entre l’Ignorance et la Connaissance, et quand l’évolution se poursuit d’une connaissance à une connaissance plus grande, d’une conscience à une conscience plus grande, d’une existence à une existence plus grande.

Dès lors, la lente marche de l’évolution ordinaire n’est plus indispensable; il peut se produire une conversion rapide, une série de brèves transformations qui, pour notre mental normal actuel, peut ressembler à une série de miracles.

Une évolution au niveau supramental pourrait fort bien être de ce genre; elle pourrait aussi, si tel est le choix de notre être, se dérouler comme un passage sans hâte d’un état ou d’une condition supramentale à une autre plus avancée mais encore supramentale, d’un niveau divin à un autre – un échelonnement de gradations divines, une libre croissance vers le suprême Supramental, et même au-delà vers des niveaux d’être, de conscience et d’Ânanda encore inimaginables.

La connaissance supramentale, la conscience-de-vérité supramentale est une et totale en soi.

Même quand il existe quelque limitation volontaire de la connaissance, ou ce qui peut apparaître comme une manifestation partielle, il en est ainsi volontairement; la limitation ne vient d’aucune sorte d’ignorance et n’entraîne aucune ignorance – ce n’est pas une négation ni un refus de la connaissance, car tout le reste de la vérité qui n’a pas été exprimé se trouve là, implicite.

Et surtout, les contradictions n’existent pas : tous les opposés, ou qui semblent tels pour le mental, contiennent ici leur relation juste et leur accord réconciliateur – si toutefois une réconciliation était nécessaire, car l’harmonie de ces apparents opposés est complète.

Le mental a tendance à dresser l’un contre l’autre le personnel et l’impersonnel, comme s’ils étaient le contraire l’un de l’autre, mais le Supramental voit et perçoit par expérience que ce sont des pouvoirs complémentaires de l’unique Réalité – pour le moins -, qu’ils se complètent mutuellement et, d’une façon plus spécifique, qu’ils se fondent l’un en l’autre et sont inséparables, étant eux-mêmes cette unique Réalité.

L’être Personnel a un aspect d’impersonnalité inséparable de lui-même et sans lequel il ne pourrait pas être ce qu’il est ou ne pourrait pas être totalement lui-même : l’Impersonnel n’est pas vraiment un état d’être, un état de conscience, un état de béatitude, mais un Être existant en soi, conscient de lui-même, plein de sa propre béatitude inhérente – la béatitude est la substance même de son être; ainsi est-il la seule Personne unique, illimitée, le Pourousha.

Dans le Supramental, le fini ne découpe pas l’infini, ne limite pas l’infini, ne se sent pas contraire à l’infini mais, bien plutôt, il sent sa propre infinitude – le relatif et le temporel ne sont pas une contradiction de l’éternité mais une relation exacte entre ses aspects, un fonctionnement inné, un trait impérissable de l’Eternel.

Là, le temps est simplement l’Eternel dans son extension, et l’Eternel peut être senti dans le momentané.

Ainsi, le Divin intégral est présent dans le Supramental et point n’est besoin de nous imposer de force quelque théorie de l’illusion ou Mâyâ contradictoire pour justifier sa manière d’être.

Il est évident qu’une fuite de la vie n’est pas nécessaire pour que le Divin se trouve lui-même ni pour qu’il découvre sa propre réalité : il les possède toujours, que ce soit dans la vie cosmique ou en son existence transcendante.

La vie divine ne peut pas être une contradiction du Divin ni de la suprême réalité: elle fait partie de cette réalité, c’est un aspect, une expression de la réalité, et elle ne peut pas être autre chose.

Dans la vie du plan supramental, nous possédons le Divin total, et quand le Supramental descendra sur la terre, il apportera le Divin avec lui et rendra cette totale possession. possible ici-même.

La vie divine donnera à tous ceux qui y accèdent et en jouissent une possession grandissante, et finalement complète, de la conscience-de-vérité et de tout ce qu’elle recèle – elle apportera la réalisation du Divin en essence et du Divin dans la Nature.

Tout ce que cherche l’aspirant à la divinité sera accompli en son esprit et dans sa vie à mesure qu’il s’approchera de la perfection de l’Esprit.

Il percevra la réalité transcendante, il possédera par expérience l’existence, la conscience et la béatitude suprêmes – il sera un avec Sat-chit-ânanda.

Il deviendra aussi un avec l’existence cosmique et avec la Nature universelle; il contiendra le monde en lui-même, en sa conscience cosmique, et se sentira un avec tous les êtres – il se verra en tous et verra tous en lui-même, il s’unira et s’identifiera au “Moi qui est devenu toutes les existences”.

Il percevra la beauté du parfaitement Beau et le miracle du Tout-Merveilleux; il entrera finalement en la béatitude du Brahman et vivra là d’une façon permanente, sans pour autant avoir besoin de s’enfuir de l’existence ni de plonger en l’annihilation de la Personne spirituelle, en quelque Nirvâna d’extinction de soi.

De même qu’il peut réaliser le Divin dans l’Essence, de même il peut le réaliser dans la Nature.

La nature du Divin est la Lumière, le Pouvoir, la Béatitude; l’aspirant peut sentir la Lumière, la Béatitude et le Pouvoir divins au-dessus de lui et qui descendent en lui, qui remplissent toutes les fibres de sa nature, toutes les cellules et les atomes de son être, inondent son âme, son mental, sa vie, son corps, l’enveloppent telle une mer illimitée et remplissent le monde, baignent tous ses sentiments, ses sens, son expérience, rendent toute sa vie vraiment et totalement divine.

Tout cela, et tout ce que la conscience de l’esprit peut apporter, lui sera donné par la vie divine quand elle parviendra à sa plénitude et à sa perfection absolues et que la conscience-de-vérité supramentale sera accomplie dans toutes les parties de son être; mais même avant, le chercheur pourra réaliser quelque expérience de ce tout, y croître, y vivre, pour peu que le Supramental s’abatte sur lui et prenne la direction de son existence.

Toutes les relations possibles avec le Divin seront siennes : la trinité de la connaissance de Dieu, des oeuvres divines et de l’amour pour Dieu s’ouvriront en lui et l’achemineront vers un don de soi absolu et à une soumission de tout son être et de toute sa nature.

Il vivra en Dieu et avec Dieu, possédera Dieu, ainsi qu’il est dit, et même plongera en lui oubliant toute personnalité séparée, mais sans pour autant perdre sa personnalité dans une extinction de soi.

L’amour de Dieu et la douceur de l’amour resteront siennes, la béatitude du contact autant que la béatitude de l’unité et celle de la différence dans l’unité. Toute la gamme infinie de l’expérience de l’Infini sera sienne et toute la joie du fini dans l’embrassement de l’Infini.

La descente du Supramental apportera toutes les possibilités de la vie divine à celui qui la recevra et qui sera accompli en la conscience-de-vérité.

Non seulement elle intégrera toutes les expériences particulières qui constituent la vie spirituelle telle que nous la connaissons déjà, mais tout ce que nous excluons maintenant de cette catégorie et qui, cependant, est capable de divinisation; elle n’excluera rien de la nature et de la vie terrestres qui soit susceptible d’être transformé par le contact du Supramental et inclus dans la vie de l’Esprit manifesté.

Car une vie divine sur la terre n’a nul besoin d’être quelque chose d’à part et d’exclusif, de n’avoir aucun rapport avec l’existence terrestre commune : elle embrassera l’être humain et la vie humaine, transformera ce qui peut être transformé, spiritualisera tout ce qui peut se spiritualiser, répandra son influence sur les autres et effectuera en eux, soit un changement radical, soit une élévation en degré, créera une communion plus profonde entre l’individu et l’univers, envahira l’idéal par la vérité spirituelle dont il est l’ombre lumineuse et aidera à soulever l’ensemble vers et dans une existence plus grande et plus haute.

La vie divine haussera le mental vers la lumière d’une volonté et d’une pensée plus divines, la vie vers une action plus vraie, vers des émotions plus profondes, un pouvoir de vie plus large, des desseins et des mobiles plus hauts.

Tout ce qui n’est pas encore capable d’être haussé à sa propre vérité d’être complète, elle le rapprochera de sa plénitude; même tout ce qui n’est pas encore prêt à ce changement verra s’ouvrir la divine possibilité dès que son évolution encore incomplète l’aura préparé à l’accomplissement de soi.

Même le corps, s’il peut supporter le contact du Supramental, percevra mieux sa propre vérité – car il existe une conscience corporelle possédant sa propre vérité instinctive, un pouvoir d’action vraie et d’état vrai, et même, inexprimée, une sorte de connaissance occulte dans la constitution de ses cellules et de ses tissus, lesquels, un jour, pourront devenir conscients et collaborer à la transformation de l’être physique.

Un éveil doit se produire dans la nature terrestre comme dans la conscience terrestre, un éveil qui sera la préparation effective et le premier pas, sinon le vrai commencement d’une évolution de la terre vers un ordre mondial nouveau plus divin.

Telle sera la réalisation de la vie divine qu’apporteront la descente du Supramental et le fonctionnement de la conscience-de-vérité quand ils empoigneront la nature entière de l’être vivant chez tous ceux qui peuvent s’ouvrir à son pouvoir et à son influence.

Mais son premier effet immédiat sur tous ceux qui en sont capables sera la possibilité d’accéder à la conscience-de-vérité et de transformer de plus en plus tous les mouvements de leur nature en mouvements de la vérité supramentale : vérité dans la pensée, vérité dans la volonté, vérité dans les sentiments, vérité dans les actes – un état vrai dans tout l’être et même dans le corps -, et finalement la transformation, le changement divinisateur.

En tous ceux qui pourront s’ouvrir ainsi et se garder ouverts il n’y aura plus de limite au progrès, ni même plus de difficultés fondamentales, car toutes les difficultés seront dissoutes par la pression de la lumière et du pouvoir supramentaux qui se déverseront d’en haut dans le mental, dans la force de vie et dans le corps.

Mais le résultat de la descente supramentale ne s’arrêtera pas nécessairement à ceux qui peuvent s’ouvrir intégralement, il ne se limitera pas à un changement supramental; il pourrait y avoir aussi une transformation mineure ou secondaire de l’être mental lui-même au sein d’une nature mentale libérée et perfectionnée.

Au lieu du mental humain tel que nous le connaissons maintenant – un mental limité, imparfait, ouvert à chaque minute à toutes sortes de déviations de la vérité ou de pertes de la vérité, à toutes espèces d’erreurs, ouvert même aux persuasions d’un complet mensonge et aux perversions de la nature : un mental aveuglé, tiré en bas vers l’inconscience et l’ignorance, à peine touchant à la connaissance, un intellect porté à traduire la connaissance supérieure par des abstractions et des représentations indirectes et qui s’empare même des messages de l’intuition supérieure pour l’enfermer dans son étreinte incertaine et disputée, nous pourrions voir émerger un mental vrai, un mental libéré capable de se perfectionner spontanément et totalement lui-même ainsi que ses instruments, une vie gouvernée par un mental libre, illuminé, un corps qui répond à la lumière et qui a le pouvoir d’exécuter tout ce que la pensée et tout ce que la volonté libres en exigent.

Ce changement pourrait se produire non seulement dans le petit nombre mais s’étendre et se généraliser dans l’espèce.

Si cette possibilité voyait le jour; ceci signifierait que le rêve humain de perfection – le perfectionnement de l’homme, le perfectionnement de la nature humaine purifiée et illuminée, le perfectionnement de toutes ses manières de vivre et d’agir – ne serait plus un rêve mais une vérité réalisable et que l’humanité serait arrachée à l’emprise de l’inconscience et de l’ignorance.

La vie de l’être mental pourrait s’harmoniser avec la vie du Supramental – qui serait dès lors l’ordre le plus haut au-dessus de lui – et elle pourrait même devenir un prolongement, une annexe de la conscience-de-vérité, une parcelle ou une province de la vie divine.

Il est évident que si le Supramental est présent parmi nous et qu’un ordre supramental d’existence s’instaure et devienne le principe gouvernant de la nature terrestre comme l’est le mental maintenant mais avec une sûreté et une autorité complète sur l’existence terrestre, il en résulterait inévitablement une possibilité de transformation pour tout le monde, chacun à son niveau et dans ses limites naturelles – chose que le mental était impuissant à accomplir dans son imperfection -, et nous verrions un immense changement dans la vie humaine, même s’il n’allait pas jusqu’à la transformation.

Reste à envisager les obstacles que pourrait rencontrer cette possibilité, surtout les obstacles qui tiennent à la nature de l’ordre terrestre et à sa fonction comme terrain d’évolution graduée où notre humanité représente un stade, et son imperfection même, pourrait-on arguer, une nécessité évolutive.

Jusqu’à quel point la présence et le gouvernement supramentaux pourront-ils ou voudront-ils surmonter ces difficultés sans enfreindre au principe de gradation?

Ne rectifieront-ils pas l’ordre faux et ignorant imposé par l’Ignorance et l’Inconscience afin d’y substituer une gradation vraie où la perfection et la divinisation seraient possibles ?

Certes, le chemin sera ouvert individuellement; tous les groupes d’êtres humains qui seront unis dans une même tentative et qui aspireront à la perfection d’une vie collective individuelle ou à la vie, divine seront aidés à réaliser leur aspiration – ce sera la conséquence minima de la présence du Supramental.

Mais il existe aussi une possibilité plus vaste qui pourrait s’offrir à l’humanité dans sa totalité même.

Reste à examiner cette possibilité: que signifiera la descente du Supramental pour l’humanité et quel sera son effet sur l’ensemble de la vie, quelle promesse apportera-t-elle à l’avenir évolutif et à la destinée de l’espèce humaine ?

Sri Aurobindo
(Traduction de La Mère)

Bulletin, Novembre 1949

in « La Manifestation Supramentale sur la Terre » – Pages 86-104
publié par Sri Aurobindo Ashram – Pondichéry – Inde – 1957
diffusé par SABDA

Il existe aussi une édition chez Buchet-Chastel – Paris 1974
Parmi les librairies de vente en ligne vous pouvez consulter Alapage et Amazon-France pour un achat en ligne (si disponible).

Vous pouvez partager ce texte à condition d’en respecter l’intégralité et de citer la source: http://www.elishean.fr/

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Mickael Fauque Guérisseur magnétiseur énergéticien, sourcier, géobiologue diplômé de la fédération francçaise de géobiologie et de l'école de géobiologie "l'atelier feng shui"
Mickael Fauque Guérisseur magnétiseur énergéticien, sourcier, géobiologue diplômé de la fédération francçaise de géobiologie et de l'école de géobiologie "l'atelier feng shui"

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